Vivre des relations saines, selon Jeff Brown

Délimiter ou non son carré de jardin

 

 

Des relations saines, selon Jeff Brown

 

J’ai grandi dans une maison sans limites. Nous avions des murs entre les pièces et des verrous aux portes de la salle de bain, mais il n’y avait aucune limite relationnelle entre nous. Notre conscience était submergée par les défis émotionnels et économiques, il n’y avait pas la place pour penser un instant à vivre des relations saines. La survie à tout prix était notre mantra quotidien. Comme des animaux sauvages, nous étions blottis les uns contre les autres pour apprécier la vie ou bien, nous nous battions les uns les autres pour des bouts de pain. Délimiter notre périmètre par rapport aux autres était trop subtile, un luxe que nous ne pouvions tout simplement pas nous offrir.

Cette façon d’être, déséquilibrée, se manifestait dans mes relations intimes. Soit j’étais co-dépendant et fusionnais avec mes partenaires ou bien, j’enfilais mon armure émotionnelle et je fuyais. Je naviguais par habitude entre ces émotions. Il n’était pas surprenant que ma façon de me détacher était identique au modèle que j’avais reçu en tant qu’enfant. Les moments de rapprochement étaient inévitablement suivis par des temps intenses et conflictuels. Des allers et retours entre la mêlée affective et la guerre. Qu’est-ce que je connaissais d’autre ? Bien entendu, le conflit était bien plus qu’une habitude. Il permettait de s’échapper. Il n’ y avait pas de meilleure façon pour éviter d’être réellement vulnérable, que d’être en guerre.

A l’issue de quinze années de psychothérapie, j’ai fini par apprécier le sens profond de définir son carré de jardin, dans tous les domaines de la vie. Généralement lorsque nous sommes trop rigides, nous sommes blindés. Emprisonnés derrière des couches d’armure, rien ne peut nous toucher. En revanche, si nous sommes trop malléables, nous sommes sans périmètre. Nous sommes juste un vaisseau que le monde remplit. Les personnes qui ont sainement délimité leur périmètre, ont tendance à vivre quelque part entre les deux. Elles ont trouvé l’équilibre sacré entre l’assurance et la réceptivité. Lorsqu’elles décident d’aller dans une direction, elles le font intentionnellement. Elles choisissent de s’ouvrir, elles choisissent de s’affirmer. Dans tous les cas, leur moi reste intact.

C’est particulièrement important dans la vie relationnelle. Si nous ne savons pas où notre carré de jardin se termine et où commence celui de l’autre, nous allons rencontrer des difficultés pour établir des relations saines. Ceux d’entre nous dont les limites sont fragiles, seront facilement manipulés et influencés, confondant souvent les émotions de notre partenaire avec les nôtres. Les personnes parmi nous qui délimitent leur périmètre de manière rigide, vont avoir beaucoup de mal à ouvrir leur cœur à l’amour. Nos murs intérieurs son quasi impénétrables. L’équilibre sacré est un mélange alchimique de solidité et de fluidité, presque comme un cœur ouvert avec un portail robuste à l’entrée. Nous ne laissons tout simplement personne entrer. Nous nous ouvrons quand nous le désirons, relevant la barrière quand nous sommes sûrs qu’il est sain de le faire.

Avoir un carré de jardin sain

Délimiter un périmètre sain joue aussi un rôle important dans notre vie spirituelle. Au cours de mon voyage d’Amecréateur, j’ai été dans la plus grande confusion quant à la formation de mon carré de jardin. Pendant très longtemps, j’ai cherché l’expérience du « Tout en Un » qui transcendait les limites du moi, le moi séparé. Je ne voulais pas être Jeff, je ne voulais pas être issu de cette famille, je ne voulais pas faire face à mes défis personnels.

Cette vision des choses était alimentée par certaines expériences que je faisais sur mon tapis de méditation et au cours de mon travail de guérison émotionnelle. Parfois j’étais capable d’entrer dans un champ de conscience plus grand que celui de ma sensibilité. Cela me réconfortait, à la fois parce que je faisais une pause dans l’univers de mon imagination anxieuse et aussi, parce que j’entrevoyais une façon d’être plus unifiée. Un moment de pause assez rare dans un monde de folie.

Malheureusement, je comprenais mal la nature de l’interface entre mon moi séparé et l’unité de conscience. C’est une chose de nous distinguer des dualités qui nous limitent et une autre d’éradiquer le moi distinct de l’ensemble. La quête du « nous sommes Un », quand elle va trop loin, peut devenir une recette pour se détacher de façon extrême et être dans l’auto-évitement périlleux. Après avoir flotté pendant quelques temps loin des défis de la vie, je me suis écrasé sur la Terre. Sans un moi bien établi pour me sentir bien à la maison, mes incursions dans l’unité n’étaient finalement pas maintenables. En fait j’étais obligé de m’occuper de ma réalité économique et de mes relations personnelles importantes. J’étais bientôt rappelé à l’ordre. C’est la nature même de la gravité karmique. Si nous ne faisons pas l’ascension avec les deux pieds sur le sol, la réalité nous ramènera toujours sur Terre pour nous rappeler.

Il existe un équilibre sacré entre nos expériences de conscience unitaire et la connexion à notre chemin individuel au cœur de celle-ci, des voix séparées entremêlées dans un chœur de lumière unifiée. Plus nous allons en profondeur dans notre spiritualité individuelle, plus notre expérience d’unité est authentique. Pour s’écarter de la dualité, nous devons d’abord établir notre séparation. Pour goûter réellement à l’unité, nous devons apprendre à voir où notre carré de jardin se termine et où commence celui de l’autre. Ne quittez pas la maison sans avoir délimité votre périmètre.


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